Né en 1957 à Paimpol, Lionel Le Calvez a grandi dans une région à l'Histoire très riche : morceau de Bretagne balayée par les vents et caressée par la mer. Autour de lui, des parfums, des senteurs : mimosas, camélias, agapanthes, pour n'en citer que quelques uns , et cette lumière extraordinaire si particulière à ce littoral.
De descendance celte, avec des ancêtres marins, peut-être flibustiers, d'autres paysans, Lionel Le Calvez est sensibilisé à l'élément liquide et l'élément solide, deux univers pour lesquels il penchera simultanément sans jamais rejeter l'un ou l'autre, mais sans jamais non plus préférer l'un à l'autre.
Tout naturellement alors, son terrain de prédilection devient le rivage : cette limite entre terre et mer que les marées transforment inlassablement en frontière mouvante. Les pieds posés sur le sable ou les galets et l'oeil rêveur souvent dirigé vers la ligne de l'horizon sont pour lui des moments exquis, mais dans cette position, la mouvance qui le berce glissera alors en lui, à son insu, pour que l'errance devienne intérieure.
De cette dualité permanente naîtra son intérêt pour la valeur de la « limite ». La « valeur des choses » lui est devenue toute relative car jamais bien définie, et la loi mystérieuse de cette relativité est celle de l'incertitude qui le ronge. Une loi que le peintre n'aura de cesse d'appliquer pour tenter d'aborder le No Men's Land mental de l'esprit humain.
Lionel Le Calvez transpose ainsi son espace géographique natal en terrain de recherche de l'espace géographique mental ou les règles lui semblent encore méconnues. Cet état de fait dichotomique, cette qualité de la dualité, offrent alors à sa peinture une forme de nomadisme aux connotations parfois très proches de la Philosophie Anthroposophique.
La fameuse tirade de Shakespeare dans Hamlet : « To be or not to be », peut s'appliquer fort bien à la traduction picturale du peintre. En effet, les toiles de Lionel Le Calvez naviguent entre le figuratif et l'abstrait. Du figuratif, il ne garde que l'essentiel et de l'abstrait le pouvoir du suggestif. Mais dans tous les cas, la volonté de transmettre la quintessence de cette émotion souveraine qu'est la mémoire de l'instant est présente, et cela en fait un poète et un architecte au service de la couleur.